Culture et patrimoine

 
Culture et patrimoine

CULTURE ET PATRIMOINE

 

L'organisation traditionnelle de la société autochtone de Wallis et Futuna subsiste à côté des institutions officielles.

La loi statutaire de 1961 dispose que « la République garantit aux populations du Territoire des îles Wallis et Futuna le libre exercice de leur religion, ainsi que le respect de leurs croyances et de leurs coutumes ».

L'île de Wallis constitue un royaume avec à sa tête un roi coutumier qui porte le titre de LAVELUA. L'île de Futuna est scindée en deux royaumes : celui de Alo, avec un roi coutumier appelé TUIAGAIFO et celui de Sigave portant alternativement le titre de TUISIGAVE ou KELETAONA, selon la famille royale à la laquelle il appartient.

Chaque roi coutumier est désigné au sein de familles aristocratiques par les notables. Il exerce un pouvoir non négligeable pour tout ce qui touche à la coutume.

Son audience est cependant liée à la personnalité de son titulaire. Le précédent LAVELUA, qui a conservé sa fonction pendant 44 ans, possédait une autorité politique et morale indiscutable.

Par ailleurs, chaque roi coutumier exerce des fonctions administratives. Il préside tout d'abord le conseil de la circonscription administrative dont les limites sont celles du royaume. Il est aidé dans sa tâche par un premier ministre et des ministres coutumiers. La tutelle de l'action du roi coutumier et de ses conseillers est exercée par un délégué du chef du Territoire.

Chaque roi coutumier est, d'autre part, membre de droit au conseil territorial avec trois autres membres nommés par l'Administrateur supérieur, chef du Territoire. Le conseil territorial exprime des avis sur tous les projets de délibération soumis à l’Assemblée territoriale.

  

La coutume

La coutume ou le AGA'IFENUA n'est pas quelque chose d'un passé oublié ; pour chaque Wallisien et chaque Futunien, elle est une notion très significative. Elle exprime pour les uns, les danses, la langue, la musique, l'artisanat ; pour d'autres, c'est la cérémonie du kava, le katoaga et tout ce qui a trait aux traditions. Pour d'autres encore, la coutume signifie la chefferie traditionnelle (les ALIKI). En fait, la coutume est un terme utilisé improprement à l'origine par les premiers européens pour lesquels il n'existait pas de vraie culture locale, à l'exception d'une population avec ses coutumes ancestrales. La chefferie demeure actuellement encore le pivot de toute l'organisation traditionnelle de la société avec cependant un détournement marqué de la part des jeunes générations, la chefferie étant traditionnellement conservatrice.

La culture locale est fondée dans cette mémoire collective où s'expriment les traditions, les us et coutumes ainsi que les institutions traditionnelles.

L'expression « aller faire la coutume » désigne le geste coutumier qui doit s'établir entre deux ou plusieurs individus afin de maintenir de façon permanente des relations stables et étroites. Ce geste coutumier doit être réciproque et non à sens unique. Le geste coutumier est un tissu d'échanges culturels et de relations humaines qui permet aux individus de s'entraider mutuellement et d'entretenir un équilibre relationnel au niveau de la famille, au niveau des villages ou entre districts. Dans une société où la population continue de manifester son désir de mener la vie en communauté, on est marginalisé soit parce qu'on ne « fait pas la coutume », soit parce qu'on ne participe pas à la vie sociale du village. Le cas des Européens est évidemment exclu et excusé pour leur ignorance du système.

Réaliser le geste coutumier ne signifie pas que la « Coutume » a été faite. Il faut toujours que le geste relationnel coutumier soit accompagné d'un « support matériel », dont la valeur dépend de l'objet de la coutume à faire et du statut de la personne à qui on doit faire la coutume. On appelle MA'U KAVA ou un TAUMU'A le support matériel de la coutume, qui permet de vous introduire chez quelqu’un ; il peut s’agir d’une racine de kava, de tabac ou encore, de nos jours, d’une bouteille d'alcool (whisky, pastis, champagne...), d’une enveloppe d'argent, d’un cadeau quelconque ou bien d’un apport de vivres accompagnées de nattes et de tapas, si l'objet de la coutume est très important.

   

Deux signes essentiels de la culture wallisienne et futunienne

   

Wallis et Futuna appartiennent à cet ensemble du Pacifique appelé le triangle polynésien où sont regroupées les îles où résident des populations de même origine ethnique.

Grâce aux récentes fouilles et aux recherches ethnologiques effectuées sur le territoire par une équipe de chercheurs français du CNRS et de l'ORSTOM de Nouméa, Wallis-et-Futuna ont été, à la même période que les îles Fidji, Samoa et Tonga, peuplées, il y a 3000 ans, par une population fabriquant un type de poterie particulier appelé « Poterie Lapita ». Ces recherches ont également permis de confirmer l'authenticité des traditions orales qui remontent jusqu'au XVème siècle.

Peuplée vers 700 avant Jésus-Christ, Futuna subira plus tard une influence de Samoa, avec également un apport culturel de la Micronésie, comme en attestent les herminettes en coquillage ou autres objets trouvés dans les fouilles archéologiques. La société futunienne subira de nombreuses transformations et peu à peu évoluera vers la mise en place d'une structure de chefferie polynésienne, jusqu'à cette chefferie à titre pyramidal que l'on connaît de nos jours.

Comme en témoignent de nombreux vestiges anciens tels les places fortifiées, les forts en terre ou en pierre, reliés par des routes, les monuments funéraires, l'île d’Uvéa (Wallis) a été envahie au XVème siècle par les Tongiens qui réussissent à installer un système de Chefferie à Titre, celui que l'on connaît actuellement. Leur démographie ainsi que leur dynamisme allaient donc permettre aux Tongiens de s'imposer culturellement et de transformer ainsi totalement la société et les traditions ancestrales de l'île. Ce qui explique l'existence aujourd’hui de cette affinité entre Wallisiens et Tongiens.

Plusieurs des éléments de la culture wallisienne et futunienne ont pu être conservés jusqu'à nos jours, tels la cérémonie du kava, le Katoaga, la fabrication de tapa, la coutume etc...

  

 1. La cérémonie du Kava

  

Le KAVA joue un rôle important dans la vie sociale, religieuse et privée des wallisiens et futuniens. C'est par lui, qu'avant l'arrivée des missionnaires catholiques français en 1837, on honorait les dieux et demandait leur faveur.

Mais le KAVA garde encore sa valeur de talisman : il préside à l'intronisation du Roi coutumier et de chefs, et demeure le médiateur véritable dans toutes les formes de négociations d'ordre public ou privé, religieux ou non. C'est à lui que les coupables doivent leur pardon et même la vie.

Le terme KAVA désigne aussi la plante du nom scientifique "piper methysticum" (famille de poivrier), dont la racine et les branches servent à fabriquer cette boisson elle-même, dont la consommation peut se pratiquer quotidiennement sans aucun rituel cérémonial.

La cérémonie du KAVA ne doit se faire qu'en présence d'un porteur de titre. En général, il ne peut y avoir de cérémonie du kava sans qu'elle ne soit accompagnée d'une présentation de vivres. C'est une façon pour la population d'exprimer son attachement et ses sentiments de reconnaissance et de loyauté envers ses chefs, qui ont pour mission de gouverner le pays et de veiller sur le peuple.

Le rituel de la cérémonie du KAVA comporte plusieurs phases.

La présentation du kava au porteur de Titre et aux participants, la préparation du breuvage dans un plat en bois (le tanoa) par un officiant. Les racines de kava broyées sont diluées à l'eau puis malaxées de façon solennelle (anciennement, on apportait un énorme plant de kava que l'on débitait devant l'assistance). Les morceaux de kava étaient ensuite nettoyés, écrasés ou mâchés par des jeunes filles (ce qui était un honneur pour elles) puis pressurés. Enfin, arrive le moment de la consommation de cette boisson. Le kava est servi dans une coupe en noix de coco puis distribué sur l'ordre du maître de cérémonie, le MOLOFAHA ou le MATATAGATA. Ce qui implique, de la part de celui-ci, une parfaite connaissance de l'organisation de la cérémonie et de la situation sociale et hiérarchique de chaque participant susceptible d'avoir droit à une coupe de kava.

Suivant un ordre protocolaire très rigoureux, le maître de cérémonie interpelle chaque personne assise dans un cercle, qui doit immédiatement signaler sa présence en frappant des mains (3 fois au moins), avant de prendre et de boire la coupe de kava qui lui a été apportée par un officiant. Puis on prend soin de verser par terre le fond de liquide qui reste avant de redonner la coupe à l'officiant. La coupe de kava marque le rang et le statut social de l'individu dans la société.

 

Culture et patrimoine 1

 

 

 

Culture et patrimoine 2

  Le Kava

 

La présentation du kava se fait au TAU'A, lieu où se tient normalement la foule. La disposition essentielle de la cérémonie est le cercle ; sauf aux grandes occasions en la présence du Roi coutumier, où le kava n'est plus préparé dans le cercle fermé mais est tenu publiquement, à l'extérieur, sur le Mala'e ou la cour, face au lieu où se tient le Roi coutumier. Si le représentant du Gouvernement français se trouve présent à la cérémonie du kava royal, il reçoit la dernière coupe, qui est aussi importante que la première (accord entre la chefferie de Wallis et le Résident CRESSON en 1949).

Mais Futuna se distingue quelque peu de Wallis. En effet, la première coupe de kava est la plus importante. On n'offre pas de coupe de kava à un invité de marque, mais on lui fait une cérémonie de kava, seulement dans le cercle fermé, car le kava qui est préparé à l'extérieur, sur le Malae, est uniquement réservé au Roi coutumier.

Seuls les hommes participent à cette cérémonie solennelle qui se déroule suivant un protocole très rigoureux. Il est absolument interdit de fumer, de parler, de se tenir debout ou de se déplacer pendant le déroulement de la cérémonie. Tout le monde doit prêter attention, le regard tourné vers celui qui brasse le kava.

  

 2. Le Katoaga

  

Un Katoaga signifie le rassemblement des gens autour de leurs chefs à l'occasion d'une fête, d’un deuil, ou d’un autre évènement important. Le Katoaga comporte plusieurs phases : la préparation de la racine de kava et des vivres, suivie de la cérémonie de kava, puis (si c’est une heureuse célébration) la présentation des danses et des chants préparés par les gens des villages, et enfin, pour clôturer la cérémonie, on redistribue les vivres aux chefs, aux invités et à tous les participants qui ont préparé et pris part au Katoaga, dont l'organisation n'a guère vraiment changé depuis 150 ans.

Ce qui étonne les étrangers dans le Katoaga d'aujourd'hui, est la masse d'argent liquide que peuvent collecter les musiciens et danseurs pendant leurs prestations.

A Wallis comme à Futuna, les fêtes patronales de district ou de village sont pour la population l'occasion d'organiser annuellement un Katoaga. Les familles peuvent y contribuer en apportant un panier de vivres et un cochon cuit au four polynésien. Ceux qui le désirent et qui ont les moyens, peuvent réaliser d’énormes entassements de vivres non cuits (jusqu'à une hauteur de 2 mètres). Les femmes contribuent également à leur façon : offrande de nattes (fala) et de grands tapas (gatu) avec exhibition sur des supports de tissus multicolores.

  

L’artisanat

  

A Wallis-et-Futuna, l’artisanat est la vitrine du savoir-faire et de l’identité culturelle du Territoire. Cette activité consiste en la confection d’objets divers comme des tapas (toile faite d’écorce de mûrier tropical), des nattes en feuilles de pandanus tressées, des colliers de coquillage, des lances de guerre barbelées, des cases têtes, des pirogues, des tenues traditionnelles, etc.

         

1. Un facteur économique essentiel

 

Le secteur de l’artisanat constitue pour de nombreuses familles un facteur d’insertion économique, de cohésion sociale et coutumière. Il demeure la principale source de revenus pour la majorité d’entre elles. Les artisans n’ont pas l’obligation de s’acquitter d’une patente dès qu’ils se limitent à cette seule activité. Par conséquent, il n’existe donc aucune donnée statistique disponible pour cette activité.

La production artisanale s’organise principalement autour des groupements d’intérêt économique (G.I.E), dont un sur Wallis et deux sur Futuna, et des associations de femmes artisanes. Ces centres sont à la fois l’atelier de travail et le lieu de vente des produits artisanaux. Ils génèrent ainsi un chiffre d’affaires d’environ 2.880.000 de francs CFP par an (soit 24.135 euros).

  

2. Une valeur coutumière  non négligeable

  

Sur le plan coutumier, la natte et le holo (couverture en tapa) constituent des offrandes de grande qualité présentées lors des cérémonies festives (fêtes patronales de villages ou de districts) et pour chaque événement familial (premières communions, mariage ou décès). Ces dons témoignent du profond respect de la famille qui reçoit l’offrande mais aussi de la coutume d’Uvéa et de Futuna.

Toute femme doit être en mesure d’offrir une natte, lors d’une cérémonie familiale. Ces rites culturels favorisent la production artisanale et les artisanes sont régulièrement sollicitées en prévision de cérémonies ou de célébration religieuse familiale. Une natte pourra être vendue pour un montant de 420 à 590 euros tandis que le prix d’un holo variera en fonction de sa taille et pourra atteindre 1000 euros.

           

3. Un outil du développement en difficulté 

  

Malgré leur implication à dynamiser ce secteur, l’ensemble des artisans est confronté à un certain nombre d’handicaps :

  

  •  un secteur vieillissant : les personnes encadrant ce secteur ne sont pas formées au métier de la gestion d’entreprise. On note parfois un manque de savoir sur la fixation des prix qui sont souvent exagérés. Les produits vendus sont majoritairement traditionnels et mis à part quelques innovations, on constate un manque de créativité ;
  •  les difficultés d’approvisionnement en matières premières: l’artisanat nécessite un approvisionnement important et régulier de matière première tant pour le bois que pour les coquillages, les feuilles de pandanus, mais leur collecte intensive constitue une menace pour la régénération des ressources naturelles, végétales et marines ;
  •  l’environnement juridique de cette activité est insuffisant puisqu’aucun texte n’encadre la protection du savoir-faire traditionnel. C’est ainsi, que de nombreux motifs traditionnels ont été repris en Asie pour la vente de produits manufacturés ;
  •  les difficultés d’accès aux prêts bancaires et l’absence de formation à la gestion comptable fragilisent la mise en place de projet d’envergure.

  

Toutefois, depuis 2009, l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) a soutenu financièrement certains projets afin de favoriser le développement du secteur de l’artisanat traditionnel. Ainsi en 2014, neuf microcrédits ont été accordés dans ce secteur, pour un montant global de 4,7 millions de francs CFP, soit 19 % des concours de l’Adie.

La transmission de ce savoir-faire n’est pas toujours acquise et les difficultés d’approvisionnement en matière premières obligent à l’innovation et à la créativité afin de pouvoir maintenir en circulation cette « monnaie traditionnelle ».